AccueilactualitésRetour sur la Journée « Zéro pesticides en viticulture : utopie ou réalité » ? Perspectives du Biocontrôle

Retour sur la Journée « Zéro pesticides en viticulture : utopie ou réalité » ? Perspectives du Biocontrôle

Découverte de la démarche expérimentale du laboratoire au champ - IFV

Cette journée sur le biocontrôle et les solutions pour atteindre l’objectif zèro pesticides, organisée dans le cadre de la Stratégie Régionale de l’Innovation, a réuni 90 participants.

La viticulture, l’une des forces majeures de notre Région, est aujourd’hui confrontée à des enjeux concernant la durabilité de ses pratiques. Madeeli et le Pôle Agri Sud-Ouest Innovation, en partenariat avec Vinovalie, l’IFV*, Transferts LR et la DRAAF**, ont convié, le 8 juillet dernier, les acteurs de la filière viticole pour échanger sur une conduite plus naturelle de la vigne.

Contexte et enjeux

A tous les niveaux, les acteurs remettent en question l’utilisation des produits phytopharmaceutiques :

  • premiers concernés, les agriculteurs sont prêts à limiter les pesticides à condition de disposer de solutions alternatives satisfaisantes
  • la pression sociétale est de plus en plus forte, au vu des enjeux de santé publique et environnementaux
  • le pouvoir politique affiche une réelle volonté de limiter, voire supprimer les pesticides au profit de solutions naturelles. Les objectifs sont clairs, le biocontrôle, qui ne représente aujourd’hui que 5% du marché des produits phytosanitaires doit atteindre 15% en 2020. L’un des moyens identifiés est la création, sous l’impulsion du Ministère, d’un consortium public-privé national Biocontrôle, coordonné par l’INRA, afin d’encourager la recherche et le transfert dans ce domaine.
  • les grosses firmes phytosanitaires se positionnent de plus en plus sur le biocontrôle (recherche interne ou acquisition de starts-ups). Créée en 1999, l’IBMA (International Biocontrol Manufacturers Association) a « pris de l’ampleur » durant les cinq dernières années.

Biocontrôle : de quoi parle-t-on ?

Le biocontrôle regroupe l’ensemble des méthodes de protection des végétaux qui utilisent des mécanismes naturels et qui présentent un faible risque sanitaire et environnemental. Il se base sur  la gestion des équilibres des populations d’agresseurs plutôt que sur une logique d’éradication. Les mécanismes d’actions possibles contre les ravageurs ou les pathogènes sont variés : stimulation des défenses de la plante, action directe sur les nuisibles (toxicité, inhibition), création d’un milieu défavorable à leur développement (compétition, répulsion) …

On peut distinguer 4 catégories de produits de biocontrôle :

  1. Macro‐organismes (auxiliaires) : invertébrés tels que insectes, acariens, nematodes ( prédateurs, parasitoides…) non listés comme phytosanitaires
  2. Micro‐organismes : champignons, bactéries, virus
  3. Médiateurs chimiques : phéromones, kairomones …
  4. Substances naturelles : d’origine animale, végétale ou minérale

Solutions de biocontrôle existantes ou en développement

M. Chantelot (Expert National Ecophyto) a listé les solutions de biocontrôle existantes à ce jour en viticulture.
De nouvelles solutions sont également en préparation :

  • 18 AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) devraient voir le jour d’ici 3 ans. Il existe notamment un produit à base d’argile, contre la cicadelle qui va recevoir une homologation l’année prochaine.
  • au niveau de l’IBMA, une soixantaine de projets européens sont en cours, du développement de nouveaux produits à leur intégration dans des pratiques culturales adaptées. Environ 30% de ces projets concernent la vigne.

Table ronde 1 : Quelles perspectives le biocontrôle ouvre-t-il à l’échelle du territoire ?

La table ronde a permis de mettre en lumière certains développements en cours.

M2i Life Sciences développe des procédés de synthèse de phéromones. Les phéromones sont efficaces à très petite dose et ont une écotoxicité faible (peu de rémanence). Possédant de nombreux brevets, M2i cherche des technologies accessibles économiquement et faciles d’utilisation.  Elle a notamment mis au point une solution innovante et efficace de phéromone micro-encapsulée (pour une diffusion lente) et pulvérisable pour lutter contre l’Eudémis en vigne, par confusion sexuelle. Cette solution est déjà utilisée au Chili, en Israël et les essais d’homologation sont en cours pour la France et l’Europe.
M2i travaille également sur une solution de kairomones (attire les insectes dans un piège), efficace sur Drosophila Suzukii. Elle devrait être distribuée dès la saison prochaine.

La Journée Découverte s'est tenue à VinovalieAkinao travaille sur plusieurs projets de recherche autour de plantes endémiques et leur valorisation en biocontrôle, dont deux antifongiques et un paillage végétal, notamment adapté pour les vignes à topographie particulière. Ce dernier devrait être mis sur le marché à horizon 3 ans, alors que les deux premiers produits devraient encore attendre 6 à 7 ans.
Des défis techniques (sur la formulation pour conserver l’efficacité malgré photosensibilité, lessivage…) et économiques (R&D importante, coût élevé des dossiers d’homologation…) doivent être relevés.

La mise au point de produits de biocontrôle est longue et coûteuse (plusieurs centaines de milliers d’euros et 10 ans avant la mise sur le marché). Le LRSV (Laboratoire de Recherche en Sciences Végétales) a noué de nombreux partenariats avec des entreprises, pour les accompagner dans cette démarche. Il s’est notamment associé à De Sangosse pour créer un laboratoire commun public/privé, BioPlantProtect, dont le but est de développer des solutions naturelles de protection des plantes. Des allers-retours sont faits régulièrement entre le laboratoire et les expérimentations  sur champs, conduites par l’entreprise pour utiliser au mieux les produits développés.

Le principal challenge pour le biocontrôle est  l’adoption par les viticulteurs. Des produits sont déjà homologués mais ne fournissent pas toujours des préconisations d’utilisation totalement satisfaisantes. L’IFV travaille sur le transfert, point critique majeur,  puisque l’utilisation des produits de biocontrôle, qui par définition interagissent et sont influencés par le milieu, nécessitent des modes d’emploi adaptés à chaque situation particulière.

  • Les facteurs de réussite de la démarche sont pluriels :
    il faut délocaliser le laboratoire vers le terrain pour mesurer et comprendre les variations dans l’impact de ces produits (mesures, collectes de données),
  • la mise en réseau permet d’obtenir plus de données et de mieux comprendre. Un réseau Botrytis s’est ainsi mis en place en Aquitaine entre les viticulteurs appuyés par l’IFV. Ce type de démarche pourrait être élargi à d’autres régions.
  • l’agriculture de précision et les nouvelles technologies peuvent fournir une aide précieuse. Par exemple, le développement du Botrytis est lié à la vigueur de la vigne, la mesure de la vigueur par réflectance du vert pourrait être faite à l’aide d’un drone.

Aujourd’hui certains professionnels de la vigne engagent des démarches afin de développer leurs propres solutions. A ce titre, Vinovalie a témoigné de sa volonté de s’émanciper totalement des molécules de synthèse d’ici 2025, à la vigne et au chai, tout en restant dans une compétitivité économique et en proposant des vins de qualité. Pour servir cette stratégie, plusieurs travaux de R&D sont engagés avec l’appui de laboratoires et de centres techniques autour des molécules biosourcées et un projet de création d’entreprise dédiée est en réflexion.
Le souhait est d’inscrire ces projets dans une véritable démarche collective et que tout un territoire s’engage (Vinovalie représente 300 vignerons et 3 600 hectares de vigne). Des programmes de formation doivent accompagner ces changements.

Vinovalie a notamment noué un partenariat avec l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement). M. Roussos, spécialistes des champignons filamenteux, a mis en place un fermenteur en continu en milieu solide de champignons sous forme de spores. Ils doivent être produits en quantités suffisantes et sous forme de poudre, pour pouvoir être appliqués en pulvérisation. Il faut maintenant travailler au transfert de ces solutions.
Ces travaux ouvrent de nouvelles perspectives de solutions alternatives car certains champignons filamenteux synthétisent des molécules antifongiques très puissantes qui peuvent inhiber d’autres champignons pathogènes et quasiment chaque ravageur peut être combattu par un champignon entomopathogène.

Table ronde 2 : Quels sont les freins, les verrous à lever et les opportunités à saisir pour tendre vers l’objectif zéro pesticide ?

La DGAL (Direction Générale de l’ALimentation) est en relation avec l’ensemble des acteurs de la filière viticole et s’appuie sur son réseau pour toutes les problématiques sanitaires et les moyens de protection des végétaux.  Actuellement, la viticulture rencontre des difficultés à combattre certaines maladies (Oïdium, Mildiou) même avec des solutions chimiques car elles ont développé des résistances, ce qui ouvre des opportunités pour des moyens de biocontrôle. Il n’est pas impossible que les pathogènes développent des résistances aux produits de biocontrôle également, mais cela prendra plus de temps car les mécanismes d’actions sont plus généraux et les populations sont contrôlées et non éradiquées. L’INRA travaille notamment sur ces problématiques.

Sur les aspects réglementaires, le biocontrôle n’est pas intégré en tant que tel au niveau européen, la priorité est juste donnée aux produits non chimiques. La France semble plus avancée sur ce plan et la loi d’Avenir a intégré la notion de biocontrôle (13 octobre 2014), dont les produits bénéficient de mesures réglementaires allégées (notamment traitement du dossier par l’ANSES plus rapide (6 mois), exemption d’interdiction de publicité…). Mais développer un produit de biocontrôle reste compliqué (long et onéreux) et ils sont quasiment traités « avec la même sévérité » que des substances chimiques.
Au niveau réglementaire, il existe actuellement 2 listes de produits de biocontrôle qui ne sont pas harmonisées :

  • liste des produits soumis à fiscalité réduite (juin 2016)
  • liste NODU Vert (13 février 2015). Les produits de cette catégorie ne comptent pas dans le calcul des IFT (Indice de Fréquence de Traitements phytosanitaires).

Dans un avenir assez proche, les listes des produits autorisés (fiscalité réduite et NODU Vert) devraient être harmonisées. Des réflexions sur la réglementation doivent être menées pour éclaircir le statut des produits de biocontrôle et faciliter leur mise sur le marché dans une logique européenne.

La société STAPHYT accompagne les industriels de l’agrochimie et de la sélection de semences dans la recherche, le développement et la commercialisation de leurs produits. L’homologation peut être un verrou important. Il est impossible d’évaluer les produits de biocontrôle par des méthodes classiques. Au sein de l’équipe Bioteam, dédiée au biointrants (biostimulants et biocontrôle), STAPHYT fait notamment de la R&D sur les méthodes d’évaluation. L’objectif est de compléter l’efficacité intrinsèque par « l’efficacité pratique » en prenant en compte les itinéraires techniques grâce à des outils sur le terrain.
STAPHYT est force de proposition auprès de l’ANSES. Pour les SDP (Stimulateurs de Défenses des Plantes), une méthode d’évaluation officielle adaptée est disponible depuis mars 2015 et une est en cours pour des biostimulants. Des démarches sont faites pour les faire accepter au niveau européen.
De plus, une licence professionnelle a été créée à l’université de Montpellier afin de former les futurs évaluateurs de produits de biocontrôle.

Au niveau des leviers, les dispositifs d’accompagnements ont été évoqués, qu’ils soient techniques ou financiers.
La plateforme d’agro-écologie (spécialisée en grande culture et élevage) a témoigné de son expérience dans l’accompagnement des agriculteurs et des coopératives dans leurs changements de pratiques. Il est très rare de rencontrer des freins chez les agriculteurs, qui traitent par nécessité. Il est important de positionner les solutions alternatives sur le terrain au niveau local, il faut également de l’animation, des supports d’expérimentation, traduits en supports pédagogiques pour former les agriculteurs et les conseillers.

Le Pôle ASOI a créé un comité éthique et social qui est mis à disposition de tous pour  évoquer, notamment le biocontrôle. Il faut encourager l’innovation et la mise sur le marché de nouveaux produits ainsi que l’expérimentation à grande échelle (pas seulement en serres) pour toutes les filières mêmes les plus « petites ».

La DRAAF est responsable de la déclinaison régionale du plan Ecophyo.
Un milliard d’aides publiques sont versées sur le territoire par an. Des travaux de modernisation des équipements, pour mieux maîtriser le risque chimique, sont nécessaires, mais ils ne doivent pas prendre le pas sur l’encouragement du biocontrôle.
Des progrès ont été faits depuis des années par les agriculteurs au niveau de pratiques respectueuses de la santé et de l’environnement et cela ne se traduit pas forcément dans la valorisation des produits finaux. Il faut mener des travaux d’innovation autour de ce thème et créer du lien entre tous les acteurs des filières, des agriculteurs aux citoyens. L’Etat doit avoir un rôle de médiateur pour inventer demain, à l’échelle du territoire des solutions plus rassurantes pour tous. Le plan Ecophyto 2 sera discuté à la rentrée avec les partenaires, il est souhaité que ces thématiques fassent partie des appels à projets.

Visite de l’IFV

Fabrication des disques de feuilles

L’après-midi a permis de découvrir le travail de l’IFV concernant les produits de biotcontrôle. Nous avons pu découvrir la démarche expérimentale du laboratoire au champ. Dès la paillasse, différents produits de biocontrôle sont appliqués sur des disques de feuilles, permettant d’identifier les substances d’intérêt ayant permis de lutter contre une maladie inoculée. Après ce 1er criblage, les produits sont testés sur pieds de vigne en conditions contrôlées (serre) et enfin en conditions « réelles » sur des parcelles expérimentales, pour ceux qui se sont révélés les plus efficaces. Les résultats obtenus entre le laboratoire et le champ peuvent être très différents, car l’environnement influence fortement les performances de solutions naturelles.

Conclusion : le biocontrôle, une partie du « zèro pesticide »

Cette journée a permis de mettre en lumière les solutions alternatives aux produits phytosanitaires, existantes ou en développement, ainsi que les verrous ou les opportunités qui pouvaient freiner ou accélérer leur développement.
Actuellement, relativement peu de solutions sont disponibles et leur mise en œuvre sur le terrain n’est pas toujours satisfaisante. Cependant, la mise sur le marché de nouvelles solutions s’accélère. Les changements doivent être accompagnés, les « expérimentations terrain doivent être faites et partagées ». Les produits de biocontrôle sont une partie de « la solution vers le zéro pesticide », et doivent s’intégrer dans une combinaison de pratiques. Des innovations réglementaires et administratives doivent encourager ces démarches.
Sur le terrain, le « défi du zéro pesticide » reste encore à relever, mais est porté par les volontés des différents acteurs des filières, de la Société et de l’Etat.

Pour reprendre Théodore Monod : “L’utopie ne signifie pas l’irréalisable, mais l’irréalisé. L’utopie d’hier peut devenir la réalité.”

Fort de son potentiel agricole, R&D et de fournisseurs et équipementiers agricoles, pourquoi ne pas imaginer que notre territoire devienne demain un « modèle zéro pesticide », tout en valorisant la qualité de ses produits ?

*IFV : Institut Français de la Vigne et du Vin
 **DRAAF : Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt

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