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Retour sur la journée SRI Bioéconomie

picDécouvrez le compte rendu de la journée SRI (Stratégie Régionale de l’Innovation) du 21 avril 2016 dédiée à la Bioéconomie, élaboré en partenariat avec l’INRA, Agri Sud-Ouest Innovation et Madeeli.

28 entreprises spécialisées, 25 structures d’enseignements et recherche, et 16 institutions présentes pour débattre sur le sujet. Au total, 110 acteurs de la Bioéconomie régionale, rassemblés pour traiter les problématiques citées ci-dessous.

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En 2012, la Commission Européenne a défini la bioéconomie dans une acception large aujourd’hui adoptée par l’ensemble des états de l’union européenne :

« … une économie fondée sur la production de ressources biologiques renouvelables (la biomasse) et sa conversion en aliments pour l’homme et les animaux, les produits biosourcés et les bioénergies. Ce domaine recouvre l’agriculture, la foresterie, la papeterie, ainsi que les industries chimiques biosourcées, les biotechnologies et les industries de l’énergie. »

C’est d’abord une stratégie économique qui est ensuite traduite en stratégie de recherche.
Deux INVARIANTS :

  • Une approche technologique avec les biotechnologies,
  • Une approche système.

Le principe de la bioéconomie s’inscrit dans un système complexe dont les enjeux principaux sont la gestion des besoins alimentaires de la population mondiale, la gestion des émissions de gaz à effet de serre, l’élaboration de produits en substitution à ceux d’origine fossile etc… Ces enjeux incluent également les questions de modèles économiques et de gestion de la surface agricole et de ses ressources.

La journée a mis en évidence qu’une approche territoriale est essentielle pour aborder cette thématique dans son ensemble, car la mise en œuvre de la bioéconomie est intimement liée aux caractéristiques des territoires qui la portent. En ce sens, la vision à l’échelle d’un territoire est très importante : la cohésion sociale a un impact direct sur la capacité des filières à s’organiser et de fait à créer de l’emploi.

Les échanges ont également démontré qu’il n’existe pas un modèle global et mondial de bioéconomie. La vision est intimement liée au profil d’un territoire, et un concept intégré de bioéconomie ne peut donc qu’être développé que dans un espace géographique défini (pratiques agricoles, type de cultures végétales et animales, transformations, modes de consommation etc…).

Du point de vue des économistes, la question suivante est posée : la bioéconomie marquerait-elle un changement d’approche ? Un retour à l’économie solaire dans un contexte général d’économie minière ? La bioéconomie nécessite d’être modélisée afin que les scénarios d’approche soient évalués, comparés avant d’être sélectionnés pour pouvoir, in fine, accompagner au mieux la transition.

La bioéconomie implique une évolution profonde des approches agronomiques : raisonner globalement sur les usages des sols et du maintien de leur potentiel carbone. Cela représente un réel développement pour une filière agricole en quête de renouveau. A titre d’exemple, à l’échelle de la région, on peut multiplier par deux le potentiel de production alimentaire par habitant.

Il a été clairement dit également que la bioéconomie ne sera pas une réponse à tout : la quantité de biomasse ne permettra pas une substitution complète du carbone fossile. Il s’agit d’introduire petit à petit de nouvelles pratiques et de nouveaux modes de production et de transformation à l’instar de ce que l’on observe dans la production énergétique.

Atelier 1 : SOLS & EMERGENCE DE PROJETS DE DIVERSIFICATION CARBONE

Quels leviers ? Pour quels modèles et avec quels processus ? Pour quelles solutions ?

L comme leviers

  • Principales productions agricoles : viticulture, grandes cultures avec des empreintes massives à certains endroits. Une culture unique (viticulture, céréales…) avec des sous-produits associés. Pour les grandes cultures, la clé repose sur les cultures intermédiaires/ inter-cultures (une récoltée et l’autre pour régénérer les sols) et les 3 cultures en 2 ans (production de plus de racines et donc de carbone dans le sol),
  • Ancrage territorial. Il doit y avoir différentes formes de combinaison des différentes ressources disponibles sur de petits espaces. Ex. Méthanisation (déchets agricoles, sous-produits de l’agriculture et déchets des villes), lombriculture, production de micro-algues.

M comme Modèles

Il faut faire cohabiter plusieurs modèles de bioéconomie à l’échelle territoriale :

  • Des petits qui sont portables,
  • D’autres de plus grande envergure qui ne sont pas portables (à partir des ressources ; sous-produits de la vigne, intensification des grandes cultures…).

P comme Processus

La dimension temporelle est majeure :

  • Alimentation nécessaire sur toute l’année quelle que soit l’agro-raffinerie.
    Quand il y a une ressource unique, dont l’usage n’est pas différable, il faut envisager plusieurs ressources,
  • Temps de mise en place des processus long et dimension collective. Certaines ressources peuvent être longues à créer (par exemple 5 à 10 ans pour l’agroforesterie, arbres, haies…) avec la nécessité de mettre en place des organisations forcément collectives pour récolter la diversité des ressources.

M comme multifonctionnalité

Les bioraffineries doivent permettre de :

  • créer de la valeur dans les territoires et
  • fournir des services environnementaux à la société, soit globaux (réduction des gaz à effet de serre) ou soit locaux (nitrates ou érosion, ou pesticides) au bénéfice du territoire concerné.

L’agroécologie, par le fait qu’elle repose entre autre sur des pratiques visant l’incorporation massive de carbone dans le sol, est une condition pour la bioéconomie, et la bioéconomie est un atout pour l’agroécologie dans la mesure où elle permet de créer de la valeur dans les territoires.

Atelier 2 : Cosmétiques, biomatériaux, ingrédients… QUELLES BIOMOLECULES ? POUR QUELS SEGMENTS DE MARCHES ?

Les différentes variables de l’environnement qui influencent la mise en place d’une (de) démarche(s) de bioéconomie sur notre territoire ont été mises en lumière en s’appuyant sur une analyse PESTEL (Politique, Economique, Environnement, Technologique, Sociétal et Législatif).

Parmi les points principaux, le potentiel de R&D important de notre territoire ainsi que les structures d’accompagnement, les politiques et les dispositifs de soutien pour des initiatives en faveur de l’innovation et/ou de l’environnement sont soulignés comme une véritable force.
Cependant, la visibilité, la lisibilité et l’accessibilité à cette richesse de connaissances et de compétences est à renforcer.
Notre région possède de réels atouts par la richesse et la diversité de ces matières premières. Notre tissu agricole est plus puissant qu’avant parce que mieux organisé mais il existe toujours une certaine atomisation qui ne facilite pas la structuration complète de filières. Il faut encourager les réseaux multi-acteurs favorisant le décloisonnement et les interactions amont/aval.
La demande croissante de produits biosourcés est une véritable opportunité de création de valeur ajoutée dans un contexte économique tendu. Le maintien des sols est un enjeu capital pour la mise en place de systèmes durables.

Par la suite, l’atelier a permis d’échanger sur les gisements existants et émergents sur notre territoire. Pour exemple, parmi les gisements existants, la vigne, les céréales, les fruits et légumes ou encore la filière palmipède ont été soulignés quand le pastel ou le chanvre ont été identifiés comme des potentiels intéressants.

Un focus a été fait sur deux ressources : insectes parmi les filières émergentes & vigne pour les cultures existantes, afin de déterminer les forces et les faiblesses de ces 2 filières.
Nous sommes la 1ère région viticole ! Il faut se donner les moyens d’exploiter tous les co-produits de notre première force qu’est la vigne en développant de nouveaux principes actifs à haute valeur ajoutée, en prenant en compte les aspects environnementaux (pesticides, régénération des sols, évolutions climatiques) et en continuant les efforts de structuration de la filière. C’est un relais de croissance à développer d’autant qu’il y a une perte d’hégémonie au niveau mondial du vin. Il existe une filière de la distillerie avec une capacité de produire et de valoriser.
Concernant les insectes, à moyen / long terme c’est une filière d’avenir notamment grâce à l’apport de protéines à moindre coût et moindre impact environnemental mais elle ne pourra se développer sans la levée des freins législatifs et sociétaux.

Atelier 3 : Les OUTILS PRE-INDUSTRIELS DE LA BIOECONOMIE

Les recommandations en 4 points

  1. Compléter le recensement des outils : associer les outils liés à la production et la transformation
  2. Clarifier et faire connaître l’existant : besoin de visibilité des entreprises sur :
  • Les structures d’accompagnement
  • Les outils existants en tant que tels
  1. Préconisation pour la mise en place d’un outil pré-industriel
  • Bien définir les filières d’intérêt : se concentrer sur les filières non existantes et fiabiliser les données de la ressource
  • Bien définir le besoin : s’il n’y a pas de spécificité particulière on retombe dans la concurrence.

Mais ne pas tomber dans la spécialisation / Besoin de flexibilité pour s’adapter à des échelles très variées

  • Garantir les notions de confidentialités liées à l’utilisation de l’outil
  • Intérêt de dé-risquer les investissements
  • Définir des scénarios modélisation : travailler la scénarisation -> se projeter et évaluer avant de mettre en place ! Essentiel pour le dimensionnement économique, lié à la matière disponible… S’appuyer entre autre sur les outils existants.
  1. Informer les potentiels financeurs : ne pas hésiter à faire remonter les besoins à l’ADEME sur l’accompagnement.

Conclusion

La bioéconomie à l’échelle territoriale est un concept multi-source avec une résonance culturelle forte.

Les solutions à trouver localement seront le fruit d’une construction collective qui doit s’ouvrir à tous acteurs du territoire (ruraux, urbains, industriels, scientifiques,…) et devront prendre en compte la multiplicité des sources existantes.

Cependant, le recensement des gisements et des potentiels de valorisation ne sont qu’un point de départ pour inventer des solutions à l’échelle de la région LRMP à moyen/long terme.

Les suites de cette journée seront évoquées par les membre du comité d’organisation afin de mettre en place des actions permettant d’impulser une dynamique régionale autour de ce concept à la fois plein d’enjeux et de complexité.

Présentations à télécharger :

1. Vers une bioéconomie – INRA

2. Retour d’expérience – Chambres d’agriculture Occitanie

3. Marchés des produits biosourcés – ADEME

4. Quels outils pré-industriels et besoins spécifiques sur le territoire

Dossier participant